Des travailleurs de Teleperformance en Colombie réclament des négociations portant sur les salaires, la surveillance, la santé et la sécurité

09.08.21

Des travailleurs de Teleperformance en Colombie réclament des négociations portant sur les salaires, la surveillance, la santé et la sécurité
  • Des travailleurs des centres d’appel qui offrent des services d’appui au marché américain et à Apple, Uber, Amazon, Tinder et d’autres, sont confrontés à une surveillance extrême, à des vols de salaire et à des atteintes à la liberté syndicale. 

  • Le syndicat fait partie d’un mouvement mondial de travailleurs en pleine expansion visant à réformer la chaîne de valeur de la technologie. 

BOGOTA, 09 AOUT 2021— Des travailleurs contractuels des centres d’appel en Colombie, qui fournissent des services à certaines des plus grandes entreprises technologiques du monde, ont informé aujourd’hui leur employeur de leur décision de se syndiquer. En tant que membres d’Utraclaro et avec le soutien d’UNI Global Union, ces travailleurs de Teleperformance se syndiquent pour améliorer leurs emplois en combattant la surveillance extrême, en en mettant fin au vol des salaires et en relevant ces derniers. 

Teleperformance, le géant de l’externalisation établi à Paris, s’est rapidement développé en Colombie pendant la pandémie pour devenir le premier employeur privé du pays. Les 42.000 salariés de ses centres d’appel représentent de plus en plus un élément essentiel de la chaîne de valeur mondiale pour des entreprises technologiques comme Apple, Uber, Google, Tinder et d’autres. Les travailleurs colombiens fournissent une assistance téléphonique et textuelle aux clients et aux fournisseurs de clients dans toute l’Amérique latine, aux États-Unis et en Europe. Un sous-groupe de travailleurs assure également l’interprétation simultanée pour des prestataires de soins de santé et des agences gouvernementales américaines.  

À propos des pressions subies par suite de la surveillance constante durant le télétravail, un travailleur de Teleperformance Colombie apportant son soutien à Amazon, qui souhaite garder l’anonymat par peur des représailles, a déclaré : 

« Je me sentais très mal à l’aise. Il m’arrive de me mettre debout parce que j’ai mal au dos, et je me disais : ‘Si je me mets debout, on va me dire que j’ai quitté mon poste’. Même chose si je voulais dire quelque chose à ma famille, parce que selon les instructions, nous devons regarder l’ordinateur. Dès que je faisais quelque chose loin de mon ordinateur, j’étais inquiet ou mal à l’aise. Il est interdit que quelqu’un se trouve à côté de vous quand vous travaillez. » 

Le lundi 2 août 2021, les travailleurs ont informé l’entreprise de leur adhésion à Utraclaro, le syndicat colombien des centres d’appel, et ont présenté leurs revendications, de sorte que l’employeur est tenu par la loi de négocier. Les travailleurs ont soumis à la négociation plusieurs problèmes sérieux, notamment : 

  • La surveillance intrusive à domicile. Teleperformance a fait passer environ 60 % de ses salariés au travail à distance pendant la pandémie de COVID-19, et la plupart de ces travailleurs ont signé, ou ont été contraints de signer, de nouveaux contrats autorisant la société à enregistrer les travailleurs par vidéo à leur domicile ainsi qu’à collecter, stocker et partager les données des travailleurs – y compris les données biométriques – avec des tiers. Les travailleurs doivent également autoriser Teleperformance à stocker les données recueillies sur les mineurs et les autres membres de la famille. 

  • Le vol des salaires. Les travailleurs affirment que Teleperformance ne leur paie pas le temps qu’ils passent à se connecter et à se déconnecter du système du centre d’appel, ni les périodes où le système est en panne. De plus, les travailleurs signalent que l’entreprise ne les indemnise pas pendant les coupures de courant et d’Internet, un phénomène courant en Colombie, même si les travailleurs sont toujours obligés de rester au travail. 

  • Un salaire minimum. Un grand nombre – si ce n’est la majorité – des travailleurs de Teleperformance en Colombie gagnent le salaire minimum, soit à peine 243 dollars par mois 

Teleperformance est réputée pour son antisyndicalisme virulent en Colombie et dans l’ensemble de ses activités mondiales, qui couvrent 80 pays et emploient 383.000 personnes. La société a renvoyé des travailleurs colombiens qui avaient tenté de former un syndicat et a licencié des employés colombiens qui s’étaient syndiqués pour obtenir un renforcement des mesures de sécurité pendant la pandémie. 

Le Point de contact national (PCN) français pour les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales a considéré que les actions de l’entreprise en Colombie étaient « contraires à la liberté syndicale des travailleurs telle que recommandée par les lignes directrices de l’OCDE, ce qui équivalait donc à des pratiques antisyndicales. » 

Dans ses recommandations, publiées le 30 juillet 2021, le PCN français a enjoint Teleperformance de veiller dans les plus brefs délais à ce que « ses filiales colombiennes respectent le droit des travailleurs de constituer des syndicats et des organisations représentatives de leur choix ainsi que d’y adhérer. » 

« Les bénéfices et la rémunération des dirigeants de Teleperformance ont explosé, et le nombre de travailleurs a considérablement augmenté, mais les travailleurs n’ont pas profité du succès de l’entreprise, » a déclaré Yuli Higuera, Président du syndicat Utraclaro. « C’est l’occasion pour Teleperformance de ne plus être connu comme le plus gros employeur du pays mais comme l’un des meilleurs. Cette transformation commence par l’ouverture de négociations avec les salariés. » 

Utraclaro a récemment aidé des travailleurs colombiens à obtenir un contrat collectif chez Atento, une autre multinationale spécialisée dans les centres d’appel. Le syndicat a négocié de meilleurs salaires et conditions ainsi que la fin des contrats à durée déterminée pour les travailleurs. Le travail précaire et les contrats à court terme sont également des problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs de Teleperformance. 

« Teleperformance est une société multimilliardaire qui vend des services aux entreprises les plus riches du monde. Durant la pandémie, elle a réalisé des bénéfices records sur le dos des travailleurs, » a déclaré Christy Hoffman, Secrétaire générale d’UNI Global Union« Les travailleurs colombiens se syndiquent dans un contexte incroyablement difficile parce qu’ils veulent leur juste part et une vie meilleure pour leur famille. » 

« Les salariés des centres d’appel sont une main-d’œuvre souvent invisible, mais importante, qui a permis aux secteurs de la technologie et à d’autres branches de continuer à fonctionner durant la COVID-19. Aujourd’hui, en Colombie comme ailleurs, ces salariés font partie d’un mouvement mondial qui vise à rendre les chaînes d’approvisionnement et les chaînes de valeur plus éthiques et plus responsables, » a-t-elle ajouté. 

Selon la Confédération syndicale internationalela Colombie est l’un des pires endroits au monde pour les travailleurs, les droits syndicaux n’y étant pas garantis. Plus de 1.000 dirigeants sociaux et syndicaux ont été assassinés dans le pays au cours des cinq dernières années. Plus de 100.000 salariés de Teleperformance se trouvent dans des pays où les droits des travailleurs sont systématiquement violés. 

UNI Global Union représente 20 millions de travailleurs des compétences et des services dans 150 pays – dont 3 millions dans l’information, les communications, la technologie et les services. Il coordonne une alliance internationale des syndicats de Teleperformance et cherche à conclure un accord mondial avec l’entreprise afin de fixer des normes en matière de conditions de travail et de respect des droits humains dans l’ensemble de ses activités. 

Utraclaro est le plus grand syndicat de Colombie représentant les travailleurs des télécommunications, des centres d’appel et des secteurs de TI. Outre Teleperformance, il représente les travailleurs d’Atento, l’une des cinq plus grandes entreprises de centres de contact au monde. 

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